Jadis, vivait une poule qui avait couvé huit magnifiques poussins, tous superbes.... sauf UN, qui n'était qu'une moitié de poulet. A vrai dire, il n'avait qu'un oeil ,qu'une patte, qu'un demi-bec, qu'une seule aile et la moitié d'une tête.

Sa mère décida donc naturellement de l'appeler "Moitié de Poulet".

Malgré sa physionomie hors du commun, moitié de poulet en étonnait plus d'un. Il sautillait de çi de-là, montrait beaucoup plus d'audace et de courage que ses frères et soeurs. Un jour, il annonça: " j'en ai assez de vivre dans cette cour de ferme, de tourner en rond, je m'ennuie. Je m'en vais voir le seigneur de Coligny."

Sa mère, une belle poule rousse, le mit en garde, mais en vain. Moitié de Poulet prit son baluchon ( qui d'ailleurs faillit le flanquer à terre) et partit en sautillant sans se retourner, la moitié de tête haute.

Chemin faisant, il arriva près d'une rivière, envahie par des nénuphars et quelques herbes folles.

-S'il te plaît, Moitié de Poulet, viens m'aider à enlever ces herbes, supplia la rivière, que je puisse aller comme je veux.

-T'aider? Et puis quoi encore? grommela Moitié de Poulet. J'ai bien mieux à faire que d'aider les gens! Je vais à Coligny, rencontrer le seigneur, Moi!

Et il continua sa route.

Un peu plus loin,il arriva près d'un petit feu de branches qui vivotait qu'un paysan avait allumé.

-S'il te plaît, viens m'aider dit le feu, apporte moi quelques brindilles sêches, sinon je vais m'éteindre!

-T'aider, ronfla Moitié de Poulet, et puis quoi encore?! J'ai bien mieux à faire que de t'aider! Je vais voir le seigneur de Coligny, MOI!

Et une nouvelle fois, il passa son chemin.

Quelques heures plus tard, il atteignit un vieux chêne. Ses branches étaient si noueuses que le vent s'y était emmêlé.

-Oh, Moitié de Poulet, tu tombes bien ,viens m'aider, s'il te plaît, supplia le vent. Délivre-moi des branches de cet arbre que je puisse souffler comme bon me semble.

-T'aider?! Et quoi encore? Tu n'y penses pas?! J'ai mieux à faire que de perdre mon temps avec toi. Je vais à Coligny voir le seigneur, MOI!

Et il passa son chemin.... il arriva enfin à Coligny devant le château du seigneur. Moitié de Poulet entra sûr de lui dans la cour et se dit qu'on allait sûrement bientôt l'accueillir. Le marmiton du château qui s'affairait dans sa cuisine l'aperçut et n'hésita pas une seconde:

-Exactement ce qu'il me faut! Le seigneur m'a commandé un bouillon de poulet pour le dîner et il n'y a plus une volaille au château. Celui là fera bien l'affaire!

Le cuisinier sortit, attrapa à la volée Moitié de Poulet et le jeta dans la marmite d'eau supendue au-dessus du feu.

-Toi, l'eau, l'eau! cria Moitié de Poulet. Fais quelque chose, je suis tout mouillé, quelle horreur!

-Moi, répondit, l'eau ? C'est bien toi Moitié de Poulet qui n'a pas voulu m'aider quand j'étais empêtrée dans les grandes herbes?! Et bien voici ta punition."

Bientôt, Moitié de Poulet commença à avoir sacrément chaud dans la marmite. Il se mit à vociférer:

"Toi, le feu, toi, aide-moi! J'ai chaud, ne me chauffe pas tant, quelle horreur!

-moi, répondit le feu? C'est bien Moitié de Poulet qui n'a pas voulu m'aider alors que j'étais en train de m'éteindre?! Et bien voici ta punition!"

Juste à ce moment là, le cuisiner arriva et souleva le couvercle de sa marmite. Il s'exclama:

"Sacrebleu, qu'est ce que c'est que cela? Un demi poulet? Cela ne peut suffire pour le seigneur."

Alors il sortit Moitié de Poulet de la marmite, l'examina de plus près, étonné de ne pas s'être rendu compte plus tôt de ce si mauvais choix... et sûr de lui.... il le jeta Moitié de Poulet par la fenêtre.

Mais le vent guettait...et fit tournoyer moitié de Poulet, de plus en plus haut.

"Toi, le vent, toi, cria Moitié de Poulet, aide-moi! Ne me secoue pas ainsi, je vais tomber!

-moi, répondit le vent? C'est bien toi, moitié de Poulet, qui n'a pas voulu m'aider quand j'étais emmélé dans le vieux chêne?! Alors, voilà ta punition!

Et il l'entraîna dans un grand souffle jusqu'en haut du plus haut clocher de toute la Bresse et le planta là.

Et regardez bien autour de vous, il y est encore, sur une patte, avec son aile unique, son oeil et sa moitié de bec.

 

(Contes d'ici et d'ailleurs,R.L Green, adapté)

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