Attachée aux traditions, à l'histoire locale,aux contes traditionnels, j'ai raconté ce soir à mon fiston, avec le ton, le geste, l'histoire de Moitié de Poulet. Conte qui connaît plus de 80 versions différentes à ce jour...





En ce temps là, au fin fond de la Bresse, non loin de Pirajoux,vivait une Moitié de Poulet qui, à force de travailler et d’économiser, avait amassé cent écus.

Le roi, qui avait toujours besoin d'argent, ne l'eut pas plus tôt appris qu'il vint les lui emprunter, et Moitié de Poulet était bien fier au début d'avoir prêté de l'argent au roi. Mais  vint une mauvaise année, et Moitié de poulet aurait bien voulu récupérer son argent. Il avait beau écrire lettre sur lettre, tant au roi qu'à ses ministres, personne ne lui répon­dait. A la fin, il prit la résolution d'aller chercher lui-même ses cent écus, et se mit en route pour le château du roi.
Chemin faisant, il rencontra un renard.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Il me doit cent écus.
- Prends-moi avec toi.
- Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le renard entra dans son cou, et le voilà parti, tout joyeux d'avoir fait plaisir au renard.
Un peu plus loin, moitié de poulet rencontra un loup.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Il me doit cent écus.
- Prends-moi avec toi.
- Avec plaisir. Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le loup entra dans son cou, et le voilà parti encore une fois. C'était un peu lourd; mais la pensée que le loup était content de voyager lui donnait du courage.
Comme il approchait du château, il trouva sur sa route une rivière.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Il me doit cent écus.
- Prends-moi avec toi.
- Mais je suis déjà bien chargé. Si tu peux tenir dans mon cou, je t'y porterai.
La rivière se fit toute petite et se glissa dans son cou. La pauvre petite bête avait bien de la peine à marcher; mais elle arriva pourtant à la porte du château.

Toc! toc! toc!
Le portier passa la tête par son carreau.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Il me doit cent écus.
Le portier eut pitié de la petite bête, qui avait un air tout innocent.
- Va-t'en, ma bellotte. Le roi n'aime pas qu'on le dérange. Mal en prend à qui s'y frotte.
- Ouvrez toujours, je lui parlerai. II a mon bien, il me connaît bien.
Quand on vint dire au roi que Moitié de Poulet demandait à lui parler, il était à table, et faisait bombance avec ses courtisans. Il se prit à rire, car il se doutait bien de quoi il s'agissait;.

- Ouvrez à mon cher ami, répondit-il, et qu'on le mette dans le poulailler.
La porte s'ouvrit, et Moitié de Poulet entra tout tranquillement, persuadé qu'on allait lui rendre son argent. Mais, au lieu de lui faire monter le grand escalier, voilà qu'on le mène vers une petite cour de côté; on lève un loquet, on le pousse, et hop!  Moitié de Poulet se trouve enfermé dans le poulailler.

Le coq, qui piquait dans une épluchure de patate, la regarda d'en haut sans rien dire. Mais les poules commencèrent à le poursuivre et à lui donner des coups de bec. II n'y a pas de bêtes plus cruelles que les poules quand il leur vient des étrangers sans défense.

Moitié de Poulet, qui était d'habitude paisible et pacifique se trouva bien effrayé au milieu de tant d'ennemies. Il courut se blottir dans un coin, et cria de toutes ses forces

- Renard! Renard! Sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le renard sortit de son cou, et croqua toutes les poules.
La servante qui portait à manger aux poules ne trouva que les plumes en arrivant. Elle courut, pleurant, prévenir le roi, qui se fâcha tout rouge.
- Qu'on enferme cet enragé dans la bergerie, dit-il.

Une fois dans la bergerie, Moitié de Poulet se vit encore plus en péril que dans le poulailler. Les moutons étaient les uns par-dessus les autres, et menaçaient à chaque instant de l'écraser sous leurs pieds. Il était enfin parvenu à s'abriter derrière un pilier, quand un gros bélier vint se coucher là et faillit l'étouffer dans sa toison.
- Loup, cria-t-il, Loup, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le loup sortit de son cou, et, en un clin d’œil, étrangla tous les moutons.
La colère du roi fut telle quand il apprit cela qu'il  fit allumer un grand feu, et envoya chercher une broche à la cuisine.
- Ah, le scélérat! s'écria-t-il, je vais le faire rôtir pour lui apprendre à tout massacrer chez moi.

On amena devant le feu Moitié de Poulet, qui tremblait de tous ses membres, et déjà le roi le tenait d'une main et la broche de l'autre, quand il se dépêcha de murmurer:
- Rivière, rivière, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
La rivière sortit de son cou, éteignit le feu et noya le roi avec tous ses courtisans.
Moitié de Poulet, resté maître du château, chercha en vain ses cent écus : ils avaient été dépensés, et il n'en restait trace. Mais, comme il n'y avait plus personne sur le trône, il monta dessus à la place du roi, et le peuple salua son avènement avec de grands cris de joie. II était enchanté d'avoir un roi qui savait si bien économiser...

 

 

 

 

voici l'histoire de Moitié de Poulet: